La picride fausse-épervière

Eloge des liguliflores jaunes

Photo Yvan Bernaer

Le jaune, jaune orangé des picrides, porcelles, liondents, crépides, épervières...
un jaune de laine, chaud, qui concentre les derniers rayons de soleil et prépare douillettement l'hiver.

Les liguliflores jaunesAstéracées à suc laiteux – arborent des capitules exclusivement composés de fleurs en ligule, en petite langue – en langue sexuée.
Au sein de ce groupe complexe, les picrides (dont les aigrettes sont plumeuses), s'affirment par leur « fâcheuse tendance » à s'agripper aux vêtements. Pilosité à crochets oblige : leurs poils sont de véritables petits hameçons à plusieurs branches !
Deux picrides illuminent l'arrière-saison, embrasent de leur jaune les champs, les friches et les bords de route ; elles s'allument le matin et s'éteignent le soir :
la picride fausse-vipérine : Picris echioides1 Linné, et la picride fausse-épervière : Picris hieracioides2 Linné.
La première a les capitules jaunes, souvent orangés3, qui s'épanouissent d'un involucre de larges bractées « en coeur » ; elle s'accroche fortement aux habits car ses hameçons sont à quatre dents. La seconde, d'un jaune affine, aux bractées linéaires-lancéolées et à la pilosité bidentée, n'en est pas moins majestueuse.
Les liguliflores jaunes peuvent nous paraître toutes semblables – à l'instar des ombellifères ou des graminées. Elles nécessitent une « entrée en botanique », avec loupe et clés de détermination4. Mais après ce passage obligé... quel plaisir ! ... à les reconnaître rien qu'à leur silhouette, leur allure !
Le café de Sartre était « Le Flore » ... Un autre café érudit ne pourrait-il s'appeler... « Le Liguliflore » ?

Notes :
1 – Autre caractère distinctif : Picris echioides a des akènes prolongés en bec.
2 – Picris hieracioides a des akènes sans bec.
Plusieurs sous-espèces sont mentionnées dans la littérature. Celle de la photo (Velles, Indre), correspond à la sous-espèce « hieracioides », à bractées externes étalées et à poils blanchâtres.
3 – Chez les picrides, les ligules externes sont souvent rougeâtres en dessous, ce qui confère aux capitules cette teinte orangée, de loin, quand ils se referment.
4 – Mentionnons le merveilleux fascicule de Robert Portal sur « la reconnaissance de quelques liguliflores jaunes en Auvergne » (Crepis, Hypochaeris, Leontodon, Picris), où chaque détail de la plante, chaque terme descriptif nous renvoient à un dessin à la plume. Un summum de pédagogie et d'intelligence vers autrui !

Chronique du 2 octobre 2008



Article ajouté le 2008-10-03 , consulté 385 fois

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