Archives Fonge et Florule

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Le Lactaire tranquille


Photo Yvan Bernaer

Le Lactaire tranquille a un nom... délirant !

Comment un champignon peut-il être tranquille ? Par quelle illumination... fulgurance de la subjectivité, fantaisie suprême, télépathie avec le monde fungique... par quel tour de magie par quel génie Elias Magnus Fries qualifia-t-il un champignon de tranquille ?

Faute de réponse à cette question énorme – qui pourtant n'effleure guère la tête des mycologues tant ceux-ci sont habitués à dire à tout bout de forêt : Lactaire tranquille, Lactarius quietus... essayons d'imaginer les raisons de cette nomination unique1 dans le monde des champignons.

Lactarius quietus Fries est extrêmement commun, et brille par la banalité et la discrétion de son aspect et de ses qualités : de taille moyenne, de forme régulière, de couleur terne, d'un brun gris ou brun orangé quasi uniforme, d'un lait blanchâtre à peine jaunissant, à peine âcre, d'une banale odeur de punaise... il est le monsieur tout le monde des champignons. L'inverse d'un champignon exubérant, agité de formes fantasques, de couleurs resplendissantes, d'exsudations ou sécrétions voluptueuses, d'odeurs capiteuses... effectivement un champignons calme, quiet et sans histoire. Et curieusement, comme par une sorte d'oxymore, ce sont peut-être ces qualités discrètes qui lui valurent l'un des noms les plus extravagants de la mycologie !

Mais à ces raisons s'en ajoute peut-être une autre : le Lactaire tranquille est un des rares lactaires relativement faciles à reconnaître dans l'écheveau inextricable des quelque trente-cinq petits lactaires bruns ou roux2. Il est tranquille de détermination... et participe de la bienheureuse quiétude à laquelle tout mycologue aspire.


(14 novembre 2013)



1   Depuis, d'autres champignons portent le qualificatif de quietus, mais ce uniquement en référence à l'odeur et à la couleur de Lactarius quietus, Citons Hygrocybe quieta (Kühner) Singer, Cortinarius quietus Henry, Inocyce quietiodor Bon pour l'odeur, et Lactarius quieticolor Romagnesi pour la couleur.

Remarquons enfin que l'odeur dite de punaise associée à Lactarius quietus n'est qu'une approximation insatisfaisante, et que cet effluve si particulier et indéfinissable fut hissé au titre d'odeur de référence en mycologie... à l'instar de celle de scléroderme ou de Lepiota cristata.

2   Marcel Lecomte et Paul Pirot proposent une clé permettant de s'orienter dans ce dédale mycologique (in Bulletin de la Société mycologique de Strasbourg, n° 97, mai 2007).

Les principaux paramètres à prendre en compte sont les suivants :

- La taille : de très petite à moyenne (voire grande).

- Les couleurs dominantes, les tonalités du chapeau : brunes, rougeâtres, rousses, orangées, fauves, rosâtres... (auxquelles nous pouvons y ajouter les particularités du chapeau : velouté, strié, présence d'un mamelon, de taches plus sombres...).

- Un caractère particulier des lames : décurrentes, nettement orangées, à nuances violettes...

- La couleur du lait : blanc pur, séreux, aqueux... et son évolution (sur le mouchoir blanc) : lait immuable, jaunissant intensément ou faiblement, rapidement ou lentement.

- La saveur de la chair et du lait : douce, amère, acrescente, très âcre.

- L'odeur : de punaise, de caoutchouc, de buanderie, de lessive, de feuille de lierre, de topinambour, de crustacés, d'artichaut, de curry, de chicorée, de pélargonium, de mandarine...

- Le biotope : plaine, montagne, littoral, lieux sablonneux, endroits boueux, tourbières... et l'arbre auquel le lactaire est souvent strictement inféodé : aulne vert, aulne glutineux, chênes divers, chêne vert, charme, pins, mélèze, épicéa...

- Les réactions chimiques sur la chair au sulfate de fer ou à la phénaniline.




24/11/2013
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